22e SALON DU LIVRE DE COLMAR

RENCONTRES LITTÉRAIRES

26 & 27 novembre 2011
PARC DES EXPOSITIONS DE COLMAR - ENTRÉE LIBRE

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. Novembre : Craig Johnson
. Octobre : Anne Vallaeys
. Août : Alice de Poncheville & Lorris Murail (jeunesse)
. Juillet : Pierre Pelot

Novembre : Craig Johnson

« Les vendeurs nous avaient raconte que ce pick-up avait été utilisé pour aller chercher des sapins de Noël dans une ferme qu’ils possédaient à Grand Junction ; mais ils avaient passé sous silence le fait qu’ils s’en étaient aussi servis pour les abattre. On l’aurait dit tout droit sorti de la vilaine forêt après avoir tamponné chacun des vilains arbres. » (page 171)

« Je supposais que quelqu’un de ma taille pouvait y arriver, mais son agilité pour se faufiler entre les arbres devait être considérablement supérieure à la mienne. Je revins sur le chemin et commençai à m’enfoncer plus profondément dans la forêt à la recherche de traces de pas, mais je n’en aurai pas. Si le tueur était grand, il n’était pas lourd. Je dirigeai le faisceau de ma lampe vers les épaisses frondaisons des pins, cherchant un indice. Rien. » (page 236)

« Cela faisait du bien de respirer l’air de dehors, et je commençai tout juste à trouver un second souffle. Je sentais le parfum des pins vrillés qui dominait tous les autre, un parfum fort qui se transpose pas les désodorisants et les produits de nettoyage. Il y avait aussi l’altitude ; l’air paraissait tout simplement se respirer un peu plus librement au-dessus de trois mille mètres. » (page 248 – 249)

« Mon attention revint aux arbres, où j’avais vu du mouvement que j’attribuai rapidement au vent. » (page 283)

« Une brume était tombée sur les contreforts dans lesquels la piste s’enfonçait. Les nuages bas avaient commencé à grignoter les montagnes et nous nous dirigions en plein vers eux. Je ne savais pas pourquoi je me sentais aussi bien. Peut-être parce que j’avais le sentiment d’avoir relevé un défi, ou peut-être parce que je ne voyais pas d’alternative. Mais j’étais bien et je décidai de ne pas entacher cette bonne humeur avec trop de récriminations. » (page 288)

« La piste du Service des forêts qui suivait les coudes du torrent, restait visible, mais d’ici une heure, le creux du chemin serait rempli de neige fraîche. Je trouvais un peu réconfortant que la partie qui conduisait au parking de West Tensleep fût non seulement sous les arbres, mais en pente descendante, et il ne nous restait plus beaucoup de chemin à faire avant d’y arriver. » (page 290)

« Que faisais-je donc ? Qu’avais-je fait ? Il m’était difficile de penser. Il faisait plus sombre maintenant, et la neige tombait plus dru. Les flocons étaient plus petits que ceux de tout à l’heure, ils devinrent de minuscules disques plats qui tourbillonnaient dans l’air en évoluant avec les courants. Ils tournoyaient, s’arrêtaient, puis plongeaient dans la nuit, me donnant l’impression que je tombais en arrière. La nuit était bien là. La dépression du chemin se poursuivait dans la montée et les ombres des arbres persistaient des deux côtés. Si je restais entre ces deux lignes et que je continuais à monter, je finirais bien par arriver à lui. »  (page 306)

« Je me souvins qu’il y avait quelque chose qui m’attendait un peu plus loin, alors je repartis, mais les voix restèrent derrière moi. Elles avaient choisi de demeurer dans la forêt, et je me serais volontiers retourné pour les regarder une dernière fois, mais cela m’aurait coûté plus d’énergie que je n’en avais. »  (page 313)

« Des nuages couronnaient les montagnes dont les parois enneigées réfléchissaient le soleil d’un jaune acide dans un des couchers de soleil les plus magnifiques et pervers que j’aie jamais vus. Les cumulus étaient pommelés comme l’arrière-train d’un poulain appaloosa, et la beauté du paysage m’étreignit la gorge. Le vent agitait les branches nues des peupliers de Virgine et berçait les plus longues, l’herbe et la sauge frissonnaient au ras du sol ; Ses assauts contre le camion me rappelèrent que j’avais perdu mes deux vestes. »  (page 386)


Craig Johnson
Little Bird
Editions Gallmeister, 2009

Octobre : Anne Vallaeys

« Plutarco dressa encore une sorte d’auvent devant la cabane d’Edward, où ils suspendirent les chaînons de laiton de la lampe à pétrole qui dessinait un cercle doré devant le logis, au crépuscule. Puis, ce fut une table taillée dans l’écorce d’angélique, où Edward s’installait après les maraudes sous la canopée. Submergé de parfums terreux, les oreilles, l’âme saturée de trilles des oiseaux, il était content de retrouver son chez-lui, ce délicieux moment où la fraîcheur s’accroche en ondes bleutées à la lisière des grands arbres. Dans un carnet, Edward évoque sa table comme si elle était un charme : « Nous avions construit les pieds, en taillants les troncs d’une sorte de buis frais. Un jour, comme j’effleurais son assise, je sentis sous ma paume quelque chose de doux qui montait du sol, une légèreté de velours de papillon ou un lacis de toiles d’araignée… Pas du tout ! Ma table générait un feuillage tendre ! Ses pieds étaient pourtant isolés du sol, ils reposaient dans des boîtes de conserve, pour décourager fourmis et bestioles, mais, grâce à l’eau accumulée, la sève des abattis se régénérait…

C’était ma table de la jungle. Une vitalité sauvage croissait à portée de mes doigts, de mes jambes, tandis que je me reposais… J’imaginais mon plan de travail bourgeonnant, croissant sans cesse, grimpant, m’obligeant à ménager des échasses à mon siège de brousse. »

Anne Vallaeys

Edward dans sa jungle
Editions Fayard 2010

Août : Alice de Poncheville & Lorris Murail (jeunesse)

« De retour à la maison, j’ai laissé maman et les garçons à la cuisine, tout en redoutant le pire, car la cuisine est leur lieu de prédilection pour les expérimentations. Je me suis enfermée dans ma chambre et j’ai regardé le dessin. J’ai découvert une forêt.

Les arbres hauts et fins sont recouverts de centaines de feuilles dont les tons varient du vert au roux et à l’or, comme si plusieurs saisons étaient représentées en même temps. A l’orée de la forêt, au bas du dessin, une silhouette à peine esquissée marche sur un sentier. C’est un être humain, mais ça pourrait être un jeune arbre, sans feuilles. C’est moi. Il n’y a que trois ou quatre traits mais c’est moi. »

Alice de Poncheville

Je suis l’arbre qui cache la forêt
Éditions Ecole des Loisirs

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« Et maintenant ? Marcher, s’éloigner du Kawungha. Le sentier, elle finirait par le trouver. En attendant, elle montait et descendait des talus, elle enjambait des branches abattues par la tempête, et elle pataugeait dans la gadoue, encore et encore. Ce n’était déjà plus une forêt dense, noire épaisse, plutôt un lac d’eau sale, planté de gros arbres.

Mari identifia avec soulagement l’énorme rocher bossu couvert de mousse verte, presque une montagne. Juste après, elle aperçut la vieille cabane sans toit des forestiers. Ensuite, c’était simple. Le bon chemin était semé de tas de bois, des troncs et des troncs empilés, qu’on viendrait débiter et chercher à la saison sèche. Elle cherchait à présent des yeux le seigneur des lieux, un baobab haut de cinquante mètres. Tel était l’ultime repère que lui avait promis Gakere.

Il n’y avait, d’après l’aîné des Samba, pas plus d’une heure de marche. Impossible cependant de prévoir où et comment se terminerait la randonnée. « Tu ne les trouveras pas, avait-il dit, c’est eux qui te trouveront. » A demi-mot, il lui avait fait comprendre den quel genre d’hommes il s’agissait. Des fugitifs, des rebelles. Plus elle songeait, plus Mari estimait qu’elle s’était jusqu’alors inquiétée pour bien peu de chose. Un crocodile, un esprit égaré, un bel orage, le bruissement furtif d’un mamba ou d’une vipère… Rien de si redoutable en comparaison de la mission que Gakere lui avait confiée. »

Lorris Murail
Afirik (les cornes d’ivoire)
Editions Pocket Jeunesse

Juillet : Pierre Pelot

« Par forêts entières le massacre a creusé son chemin, démembrant les grands troncs qui se tordaient sous le ciel en désordre et dans les nuées du malheur. Comme pour une grande extermination, un définitif anéantissement, une fois pour toutes. Ils se sont courbés jusqu’au sol, vibrant de tout leur être, éclatant sous la formidable torsion qui explosait sous leur écorce lacérée. C’était, dans le vacarme, une pluie sans nom d’eau, d’épines, de feuilles et de branches, un tourbillon férocieux qui bramait cent mille fois plus haut que les cris des bêtes, si les bêtes criaient. Qui les étouffait. Les emportait. Soulevés de la terre, arrachés à la boue, leur vaste pied levé au bout de l’arc et du cri de leur chute irrémédiable.
Ensuite, le silence est revenu sur ce qui ressemble à un vaste champ de guerre, sur les grandes étendues écorchées. Hérissant la plaie exsangue de la terre, couchés, enchevêtrés, éclatés, fracassés, tremblants des soubresauts d’une agonie qui va durer jusqu’à la tombée des épines… Mais tant d’autres demeurent, debout parmi les troncs des grands morts abattus. De tous ces survivants, les plus petits épargnés par le souffle de la colère vont se redresser et se hisser, imperturbables, dans le chaos installé pour un long étouffement dans le temps des hommes et un soupir dans le temps des arbres… »

Pierre Pelot
In La montagne des bœufs sauvages
Editions Hoëbeke, 2010.