Thême du Salon du Livre de Colmar 2014, 25e édition : "Délices"

Délices

 

Image du paradis terrestre ou de son inversion dans le tableau de Jérôme Bosch, l'Hortus Deliciarum est le plus célèbre manuscrit enluminé médiéval. Originellement réalisé au monastère du Mont Ste-Odile, il a disparu tragiquement dans l'incendie de la bibliothèque de Strasbourg en 1870.

 

Pour sa 25e édition, le Salon du livre de Colmar a choisi de traiter des Délices, au sens des petits bonheurs au quotidien. Lire dans l'herbe, imaginer la fin de l'histoire, boire, écouter, plonger, respirer, savourer avec délices. Délices de l'absurde, de l'humour, des mots et de la langue française. Délices de la sobriété, de la lenteur, des peurs délicieuses et des délicieuses bêtises. Et bien sûr, délices de la lecture, pour, aujourd'hui, pas moins de deux générations qui fréquentent et aiment ce Salon.

 

 

Les délices sont à la vie ce que les frous-frous sont aux robes de ces femmes que l'on dit frivoles. Elles semblent vaines, superflues, voire coupables et c'est pour cela qu'elles ont mauvaise réputation aux yeux des gens (trop) sérieux. Les délices enlacent votre âme comme une aubépine sauvage trouvée au bord d'un chemin creux, ou comme les roses d'un jardin bien caché dont on vient de pousser les grilles par hasard. Elles peuvent vous déguiser le malheur en ange bleu ou le bonheur en mal délicieux.


Les délices peuvent se boire, se manger, se respirer, se savourer et se lire. On s'y plonge avec un bonheur rendu encore plus délicieux par le vague sentiment de commettre un péché. C'est que le délice est toujours une sorte d'infraction à la terrible quotidienneté de la vie. Délices de l'amour, de l'humour, de l'absurde, des mots. Délices de l'ivresse et de la sobriété, de la lenteur comme de la fulgurance, de la peur comme de l'audace, elles sont d'autant plus subversives que la grammaire française a pris soin de les mettre, comme amour et orgue, au féminin quand elles sont plurielles.


Patrick Raynal, auteur, éditeur, traducteur et conseiller littéraire du Salon du livre de Colmar depuis 2010.

Le texte de la semaine : Axel Kahn

« Je marche le nez au vent, le cœur en joie en m'émerveillant de larges drailles qui parcourent le haut plateau aux doux vallonnements de la Margeride...Dans la soirée, attablé à écrire mon billet près d'une fenêtre dans la maison d'hôtes située au pied même de la tour et où je passe la nuit, j'observe en contrebas l'ovale d'une prairie sur laquelle un géant facétieux aurait lancé une poignée de blocs granitiques de formes et de tailles diverses ; les rayons obliques du soleil émergeant des nuages les transforment en joyaux gris étincelants dont les reflets caressent la robe café au lait des vaches Aubrac qui paissent là, lui donnant un aspect moiré. Ce soir je suis follement épris de la Margeride...Vivre ces instants, les ressentir, parvenir à être en résonance émotionnelle avec ses perceptions m'amène logiquement à me demander si c'est cela, être heureux. »

 

Pensées en chemin

Axel Kahn

Stock, 2014