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Les écrivains venus du froid
Le Salon du livre de Colmar vous propose en 2010,
de mettre le cap au Nord, avec des rencontres croisées d’écrivains français et russes à l’occasion de l’année de la Russie,
d’explorer le succès du polar nordique, de l’Islande à la Scandinavie,
de comprendre la fascination des déserts de glace et de découvrir les peuples qui y vivent, à la suite d’explorateurs, de scientifiques, d’aventuriers.
Blancheur et noirceur sont au cœur de toute œuvre, avec toute la gamme infinie des gris de l’âme humaine (ou de la neige qui fond), sans oublier l’humour très particulier des nordiques et des russes, des racontars de Jorn Riel, aux aventures déjantées et écologiques de Paasilinna.
A Colmar, dans une Alsace qui est plus un Nord imaginaire qu’un Nord réel, les légendes des Royaumes du Nord ont toute leur place.
Cette manifestation, programmée avec les librairies régionales, souhaite rendre le livre et son univers accessible à un large public (36 000 visiteurs l’an passé). Elle est une vitrine attractive de la production éditoriale - romans, albums, BD et essais - pour les grands et petits lecteurs. Totalement gratuite pour le public, elle est l'un des plus vastes forums culturels et économiques du grand Est, réunissant quelque 800 partenaires sur 240 stands.
Membre fondateur de la Fédération des salons et fêtes du livre de jeunesse, elle développe tout particulièrement des actions en direction des jeunes (rencontres littéraires en milieu scolaire et concours de lecture et d’écriture), tout en présentant la variété des métiers de la chaîne du livre.
Pour élargir les horizons. Un texte différent chaque mois...en alternant un extrait "jeunesse" et un extrait "adultes".
La sélection du mois d'août :
un extrait de Jon l'Islandais (nouveauté aux éditions Gaïa) de Bruno d'Halluin, invité de l'édition 2010.
Plus d'informations sur l'ouvrage et son auteur sur le site de l'éditeur.
"L'hiver était exceptionnellement doux et les rives du fjord restèrent libres de glace. Les jours commençaient à s'allonger, et avec eux les campagnes de pêche. Les hommes passaient la nuit dans les cabanes sur les îles du fjord, ou parfois en mer, malgré le froid et le vent.
Ce jour-là, on avait poussé les bateaux jusqu'à Rif, près de la sortie du fjord. Juste avant d'atterrir, on avait croisé des épaulards exhibant leur immense aileron dorsal devant le Snaefellsjokull, le volcan-sentinelle du Breidafjord, chapeauté de son glacier immaculé. On avait fait un feu sur la grève. Gisli aimait la beauté de l'endroit, même si c'était là qu'avait été assassiné le Gouverneur Björn Thorleifsson le Riche, le père d'Einar. Devant les flammes, le vieux pêcheur ajusta son bonnet de vadmàl brun et se mit à raconter."
de mettre le cap au Nord, avec des rencontres croisées d’écrivains français et russes à l’occasion de l’année de la Russie,
d’explorer le succès du polar nordique, de l’Islande à la Scandinavie,
de comprendre la fascination des déserts de glace et de découvrir les peuples qui y vivent, à la suite d’explorateurs, de scientifiques, d’aventuriers.
Blancheur et noirceur sont au cœur de toute œuvre, avec toute la gamme infinie des gris de l’âme humaine (ou de la neige qui fond), sans oublier l’humour très particulier des nordiques et des russes, des racontars de Jorn Riel, aux aventures déjantées et écologiques de Paasilinna.
A Colmar, dans une Alsace qui est plus un Nord imaginaire qu’un Nord réel, les légendes des Royaumes du Nord ont toute leur place.
Cette manifestation, programmée avec les librairies régionales, souhaite rendre le livre et son univers accessible à un large public (36 000 visiteurs l’an passé). Elle est une vitrine attractive de la production éditoriale - romans, albums, BD et essais - pour les grands et petits lecteurs. Totalement gratuite pour le public, elle est l'un des plus vastes forums culturels et économiques du grand Est, réunissant quelque 800 partenaires sur 240 stands.
Membre fondateur de la Fédération des salons et fêtes du livre de jeunesse, elle développe tout particulièrement des actions en direction des jeunes (rencontres littéraires en milieu scolaire et concours de lecture et d’écriture), tout en présentant la variété des métiers de la chaîne du livre.
Pour élargir les horizons. Un texte différent chaque mois...en alternant un extrait "jeunesse" et un extrait "adultes".
La sélection du mois d'août :
un extrait de Jon l'Islandais (nouveauté aux éditions Gaïa) de Bruno d'Halluin, invité de l'édition 2010.
Plus d'informations sur l'ouvrage et son auteur sur le site de l'éditeur.
"L'hiver était exceptionnellement doux et les rives du fjord restèrent libres de glace. Les jours commençaient à s'allonger, et avec eux les campagnes de pêche. Les hommes passaient la nuit dans les cabanes sur les îles du fjord, ou parfois en mer, malgré le froid et le vent.
Ce jour-là, on avait poussé les bateaux jusqu'à Rif, près de la sortie du fjord. Juste avant d'atterrir, on avait croisé des épaulards exhibant leur immense aileron dorsal devant le Snaefellsjokull, le volcan-sentinelle du Breidafjord, chapeauté de son glacier immaculé. On avait fait un feu sur la grève. Gisli aimait la beauté de l'endroit, même si c'était là qu'avait été assassiné le Gouverneur Björn Thorleifsson le Riche, le père d'Einar. Devant les flammes, le vieux pêcheur ajusta son bonnet de vadmàl brun et se mit à raconter."
Sélection "jeunesse" de juillet
Le journal secret du Petit Poucet par Philippe Lechermeier (invité en 2010!) et illustré par Rebesca Dautremer (Ed. Gautier Languereau/Hachette)
"On s'est construit un igloo et on a fait du feu pour se réchauffer
mais l'igloo a fondu, sans doute qu'on ne maîtrise pas encore tout.
C'est la goutte d'eau - ou plutôt le glaçon - qui a fait déborder le vase,
car cela nous a définitivement décidés à partir.
L'hiver, ce n'est pas marrant, ça dure trop longtemps."
et Le jour avant le lendemain par Jorn Riel, illustré par Olivier Desvaux (Sarbacane), invités pour l'édition 2010...
"Comme c’était amusant d’avoir de la visite, pensait Ninioq. Bien que la tribu soit petite, il y avait quand même beaucoup de gens à écouter et avec qui parler. Koukouk, lui, était un grand conteur. Il leur parla à profusion du long voyage qu’ils avaient fait et surtout, des gigantesques montagnes derrière le pays des rennes, ce pays qu’il appelait l’ultime frontière du monde.
Même Ninioq n’avait jamais vu ces montagnes. Mais son mari Attungak, qui avait beaucoup voyagé avant d’être pris par les glaces, avait mené son traîneau jusque leur ombre. Ces montagnes étaient si hautes, avait-il raconté, que pour en voir le sommet il fallait s’allonger sur le dos à même la glace et que l’on se sentait infiniment petit, presque rien, quand on se tenait à leur pied.
Et elles étaient belles. Si belles que, la première fois qu’il les avait vues, il avait ressenti une irrésistible envie de pleurer, comme lorsqu’il avait vu le visage de son premier-né. Une beauté tout à fait inexplicable, avait-il dit à Ninioq, qui faisait surgir en soi un sentiment indescriptible. Mais Ninioq
s’était moquée de lui, car elle ne pouvait pas imaginer que la beauté d’une montagne puisse se mesurer à celle d’un nouveau-né."
"On s'est construit un igloo et on a fait du feu pour se réchauffer
mais l'igloo a fondu, sans doute qu'on ne maîtrise pas encore tout.
C'est la goutte d'eau - ou plutôt le glaçon - qui a fait déborder le vase,
car cela nous a définitivement décidés à partir.
L'hiver, ce n'est pas marrant, ça dure trop longtemps."
et Le jour avant le lendemain par Jorn Riel, illustré par Olivier Desvaux (Sarbacane), invités pour l'édition 2010...
"Comme c’était amusant d’avoir de la visite, pensait Ninioq. Bien que la tribu soit petite, il y avait quand même beaucoup de gens à écouter et avec qui parler. Koukouk, lui, était un grand conteur. Il leur parla à profusion du long voyage qu’ils avaient fait et surtout, des gigantesques montagnes derrière le pays des rennes, ce pays qu’il appelait l’ultime frontière du monde.
Même Ninioq n’avait jamais vu ces montagnes. Mais son mari Attungak, qui avait beaucoup voyagé avant d’être pris par les glaces, avait mené son traîneau jusque leur ombre. Ces montagnes étaient si hautes, avait-il raconté, que pour en voir le sommet il fallait s’allonger sur le dos à même la glace et que l’on se sentait infiniment petit, presque rien, quand on se tenait à leur pied.
Et elles étaient belles. Si belles que, la première fois qu’il les avait vues, il avait ressenti une irrésistible envie de pleurer, comme lorsqu’il avait vu le visage de son premier-né. Une beauté tout à fait inexplicable, avait-il dit à Ninioq, qui faisait surgir en soi un sentiment indescriptible. Mais Ninioq
s’était moquée de lui, car elle ne pouvait pas imaginer que la beauté d’une montagne puisse se mesurer à celle d’un nouveau-né."
Tanguy Viel (la sélection "adulte" du mois de juin)
L'absolue perfection du crime de Tanguy Viel, publiée aux Editions de Minuit en 2001, rééditée dans la collection de poche "double" (n° 36) en 2006.
"Le jour J. L'après-midi chez moi. Le café toujours chaud. Ma tête dans le miroir. La sieste dans le fauteuil. A 14h 00, j'ai allumé la télévision. A 15h 00, je me suis rasé. A 16h 00, je me suis installé dans le sommeil impossible. La solitude. Chacun pour lui-même répétant pour lui-même la suite logique d'actions, pour lui-même. L'ennui qui précède, le froid sec, le ciel clair dans le bois des fenêtres. A 14h 00, j'ai allumé la télévision. A 15h 00, je me suis rasé. A 16h 00, je me suis installé dans le sommeil impossible. A 17h 00, je suis sorti, j'ai fait quelques courses, acheté des oranges, des pommes, du vin rouge. A 18h 00, je me suis mis sur mon lit, les mains sous la tête. A 19h 00, j'ai pris un médicament pour les nerfs, avec un grand verre d'eau. Ensuite j'ai failli m'endormir. Mais on avait rendez-vous."
Plus d'informations sur le site de l'éditeur.
"Le jour J. L'après-midi chez moi. Le café toujours chaud. Ma tête dans le miroir. La sieste dans le fauteuil. A 14h 00, j'ai allumé la télévision. A 15h 00, je me suis rasé. A 16h 00, je me suis installé dans le sommeil impossible. La solitude. Chacun pour lui-même répétant pour lui-même la suite logique d'actions, pour lui-même. L'ennui qui précède, le froid sec, le ciel clair dans le bois des fenêtres. A 14h 00, j'ai allumé la télévision. A 15h 00, je me suis rasé. A 16h 00, je me suis installé dans le sommeil impossible. A 17h 00, je suis sorti, j'ai fait quelques courses, acheté des oranges, des pommes, du vin rouge. A 18h 00, je me suis mis sur mon lit, les mains sous la tête. A 19h 00, j'ai pris un médicament pour les nerfs, avec un grand verre d'eau. Ensuite j'ai failli m'endormir. Mais on avait rendez-vous."
Plus d'informations sur le site de l'éditeur.
Le chant des orques (la sélection "jeunesse" du mois de mai )
Le chant des orques d'Antje Babendererde chez Bayard Jeunesse.
Traduit de l'allemand par Marie-Josée Lamorlette.
"Sur les planches de la bâtisse, usées par le vent et les intempéries, j’ai découvert trois animaux stylisés, peints dans les deux couleurs fétiches des Indiens de la côte nord-ouest : noir et rouge.
- Ce sont l’oiseau du tonnerre, le loup et la baleine, les trois animaux les plus puissants de notre mythologie, m’a expliqué Javid.
- L’oiseau de tonnerre ? ai-je demandé, car il m’avait déjà parlé du loup et de la baleine.
- Oui, il y a très longtemps, l’oiseau du tonnerre a été le premier chasseur de baleines. Les anciens disent que c’est un oiseau géant. Si grand que ses battements d’ailes provoquaient le tonnerre et la tempête, et qu’en ouvrant et en fermant les yeux, il créait des éclairs. Il vivait dans une caverne des montagnes Olympic.
Javid a fait un geste de la main droite du côté des terres.
- Un jour, une baleine tueuse a surgi le long de la côte et a tué d’autres baleines qui fournissaient aux hommes l’huile et la viande qui leur permettaient de survivre. Les gens ont eu faim et ne savaient plus trop quoi faire. Alors, l’oiseau du tonnerre a quitté sa grotte obscure et a volé vers la mer."
Traduit de l'allemand par Marie-Josée Lamorlette.
"Sur les planches de la bâtisse, usées par le vent et les intempéries, j’ai découvert trois animaux stylisés, peints dans les deux couleurs fétiches des Indiens de la côte nord-ouest : noir et rouge.
- Ce sont l’oiseau du tonnerre, le loup et la baleine, les trois animaux les plus puissants de notre mythologie, m’a expliqué Javid.
- L’oiseau de tonnerre ? ai-je demandé, car il m’avait déjà parlé du loup et de la baleine.
- Oui, il y a très longtemps, l’oiseau du tonnerre a été le premier chasseur de baleines. Les anciens disent que c’est un oiseau géant. Si grand que ses battements d’ailes provoquaient le tonnerre et la tempête, et qu’en ouvrant et en fermant les yeux, il créait des éclairs. Il vivait dans une caverne des montagnes Olympic.
Javid a fait un geste de la main droite du côté des terres.
- Un jour, une baleine tueuse a surgi le long de la côte et a tué d’autres baleines qui fournissaient aux hommes l’huile et la viande qui leur permettaient de survivre. Les gens ont eu faim et ne savaient plus trop quoi faire. Alors, l’oiseau du tonnerre a quitté sa grotte obscure et a volé vers la mer."
Le bestial serviteur du pasteur Huuskonen (extrait du mois d'avril)
"Monseigneur Uolevi Ketterström, debout à l'ombre d'un grand rocher couvert de lichen, regardait le petit lopin cultivé qui s'étendait devant lui, bordé d'une boulaie aux arbres clairsemés,avec à sa droite une colline rocailleuse. Plus loin scintillait la surface calme d'un étang. On savait que les élans avaient l'habitude de passer entre ses eaux et la colline, et l'emplacement était donc idéal pour un massacre.
Le paysage muet, sous les nuages du ciel d'automne, était un régal pour l'oeil. Les feuilles des bouleaux n'avaient pas encore jauni, mais dès les premières gelées nocturnes, tout flamboierait.
Debout là sans un bruit au sein de la nature,l'évèque se sentit submergé d'émotion : que ce pays était beau! On dit que la forêt est le temple des Finlandais, et rien n'est plus vrai. Ici, on ne faisait qu'un avec son immense silence, les pensées couraient librement et l'âme vibrait d'une ferveur sacrée.(...)
Un léger frisson lui parcourut le dos. Il aurait été temps que l'élan surgisse à la lisière de la forêt, qu'il puisse tirer."
Arto Paasilinna : Le bestial serviteur du pasteur Huuskonen - Denoël et d'ailleurs, 1995, traduit du finnois en 2007.
Le paysage muet, sous les nuages du ciel d'automne, était un régal pour l'oeil. Les feuilles des bouleaux n'avaient pas encore jauni, mais dès les premières gelées nocturnes, tout flamboierait.
Debout là sans un bruit au sein de la nature,l'évèque se sentit submergé d'émotion : que ce pays était beau! On dit que la forêt est le temple des Finlandais, et rien n'est plus vrai. Ici, on ne faisait qu'un avec son immense silence, les pensées couraient librement et l'âme vibrait d'une ferveur sacrée.(...)
Un léger frisson lui parcourut le dos. Il aurait été temps que l'élan surgisse à la lisière de la forêt, qu'il puisse tirer."
Arto Paasilinna : Le bestial serviteur du pasteur Huuskonen - Denoël et d'ailleurs, 1995, traduit du finnois en 2007.
le pays des Frissons (extrait publié en mars 2010)
"Il existe tout au nord des terres les plus lointaines un pays si froid qu’on le nomme le pays des Frissons. Le soleil d’été y fait pousser une herbe rare et des fleurs éphémères sur la mousse des rochers. L’hiver, il disparaît sous la neige et la glace. C’est le temps de la Longue Nuit, celle où les rêves des hommes s’emmêlent au creux de la Chambre de Sommeil. "
François Place : Atlas des géographes d’Orbae. – Casterman, Gallimard, 1996.
François Place : Atlas des géographes d’Orbae. – Casterman, Gallimard, 1996.
